Arnaud Rebotini, maestro électro

HEROES

Artiste avant tout et récompensé par un César de surcroît, Arnaud Rebotini est l’un des pionniers de l’électro française. Sa « patte », il l’a construite sur scène, entouré de ses synthés analogiques. Il est de ces musiciens qui surprennent, déroutent, et ne vont jamais (et surtout pas) là où on les attend.

Portraits
Heroes #4 - Arnaud Rebotini, maestro électro

L’électro signée Rebotini, c’est un mélange d’underground et de populaire, de blues, de rock ou de new wave… Seul devant son public, il s’octroie les services d’une ribambelle de synthés analogiques et autres boîtes à rythmes qu’il sait faire fonctionner comme personne dans son domaine, sans platines, ni ordinateur pour générer du son. Des performances live énergiques, et sans artifices qui font sa réputation, en plus de quelques titres bien connus du grand public dont « I’m a man », reprise de Bo Diddley, mais aussi la très belle bande originale du film 120 battements par minutes.

Portrait - Arnaud Rebotini @Hubside

Quelle est la chose dont tu es le plus fier dans ta carrière ?

Ce dont je suis le plus fier, c'est peut-être mon premier album. Grâce à ce disque il a découlé plein de choses qui ont été importantes dans ma carrière et dans mon développement. Notamment le fait qu’il attire des réalisateurs pour que je développe mon activité de compositeur de musiques de films. C'est sûrement l’un des disques les plus importants que j'ai fait.

D’où vient ton intérêt pour tous les genres musicaux ?

J’ai découvert la musique par mon père, qui avait une passion pour ça donc j’ai hérité de ça. Mon goût pour des genres différents, je ne sais pas trop. J’ai eu la chance de vivre l’une des périodes où il y a eu des grands bouleversements dans la musique et les styles nouveaux qui sont arrivés. Je pense que c'est la curiosité classique, finalement, des mélomanes.

Je pense qu'on accumule les choses et à un moment on les recrache. Et après c’est cette façon de les recracher, de les retranscrire, qui crée un style ou une personnalité.

L’histoire de ton premier album avec Black Strobe ?

C’est une histoire très compliqué Black Strobe ! C’est parti d’un duo producteur / DJ avec le DJ Ivan Smagghe que j'ai rencontré à l'époque où j'étais vendeur de disques chez Rough Trade à Paris. On est partis en faisant un groupe de musique électronique. Même s’il y a eu quelques tensions finalement, c’était une belle aventure : on est allés enregistrer à Londres, il a été réalisé par Paul Epworth qui a fait la chanteuse Adèle par exemple, donc un grand producteur britannique.

Et puis, j'avais eu cette idée de faire une reprise d'un titre de Bo Diddley qui s'appelle « I am a man » et qui s'est retrouvé dans RockNRolla de Guy Ritchie. Du coup, c'est devenu un peu viral dans les films et on s'est retrouvé aussi bien sur une bande annonce de Django Unchained, que dans des tas de films. 

Comment tu as construit ton style, ta personnalité en termes de musique ?

Je crois que c'est quelque chose d’empirique… On écoute plein de musique et on se nourrit de chaque chose et il y a des moments où telle et telle influence va ressortir. On est dans une temporalité et on est influencé par des choses qui nous ont précédées et qui ont été conçues de manière différente, avec un contexte différent. Je pense qu'on accumule les choses et à un moment on les recrache. Et après c’est cette façon de les recracher, de les retranscrire, qui crée un style ou une personnalité.

Arnaud Rebotini - Album "someone gave me religion" @Hubside

La musique électronique pour toi c’est quoi ?

Maintenant, on voit l'électro vraiment comme un style à part. Finalement, la house music est un avatar du funk, de la soul, donc du rhythm and blues et des musiques de danse, vraiment de discothèque.

Il y a eu une espèce de fusion avec toute la scène qu'on appelle indie rock, qui écoutait les groupes branchés de l'époque. Je pense à Primal Scream, à The Jesus & Mary Chain pour les plus connus… ou même à des gens qui écoutaient Depeche Mode. La musique électronique qui préexistait, la musique de club. Donc il y a un moment ou tout ça, s'est un peu mélangé.

Moi, je n'ai jamais été un grand instrumentiste. Je faisais des groupes, je chantais, je gratouillais… En fait, j'étais toujours dépendant de gens. Pouvoir être dans un groupe comme ça, le fait que les outils de MAO (NDLR : musique assistée par ordinateur) existent, tout cela m'a permis de me construire mon identité à travers la musique électronique, un style émergeant à l’époque.

Comment on construit un morceau électro ?

Ça dépend vraiment de l'envie, de l'humeur, de l'inspiration, de la scène. Ça peut partir d'un bout de texte, d'une suite d'accords… La différence, c'est quand je décide de faire un truc vraiment pour le dancefloor pour les DJ, ou pour l'écoute. Ça détermine ma façon de concevoir les morceaux. 

  • Arnaud Rebotini
  • en studio

J’aime ces synthés {...} je les utilise beaucoup sur scène. Ça peut paraître un peu fou, mais les gens aiment bien et ça me fait un lien. J'aime l'idée de performance.

Ton instrument de prédilection, c’est le synthé et moins les sons produits par ordinateur ?

C'est vrai que mes sources de sons instrument sont rarement générées par ordinateur. J'utilise l'ordinateur pour mixer, pour ajouter des effets parfois, mais pas pour générer les sons des instruments.

Avec les synthés virtuels ou les rééditions de synthès analogiques, on n'arrive pas à obtenir le son exact, la pureté de leurs sons ou l'impureté de leurs sons d’ailleurs.  

Donc, c'est pour ça que j’aime ces synthés, comme la plupart des gens qui font de la musique électronique. Et comme j'ai une belle petite collection, j'en ai fait un peu ma patte... c'est la grosse différence, surtout que je les utilise beaucoup sur scène. Ça peut paraître un peu fou, mais les gens aiment bien et ça me fait un lien. J'aime l'idée de performance.

On peut être très bon compositeur, mais si on n’est pas dans le bon wagon, dans le bon train, vous n'aurez jamais ce genre de prix.

Dans ton parcours, il y a aussi des histoires de rencontres, notamment sur les musiques de films, comment ça s’est passé ?

Différents réalisateurs sont venus me voir après avoir écouté mon premier album sorti sous le nom de Zend Avesta qu'on retrouve maintenant sur Spotify quand on tape Arnaud Rebotini.  Ce premier album, un peu hybride a eu un bel impact et a parlé à pas mal de gens. Au début, j’ai fait un petit bout de musique pour un film de Jean-Pierre Limosin qui s’appelle Novo et la fin de sa BO.

Album BO 120 battements par minute

Ensuite, c'est Robin Campillo qui m'a appelé pour un film sur lequel il était monteur, mais finalement, le projet n’a pas abouti. Il m'a rappelé pour Eastern Boys, j’ai fait mon premier long métrage en tant que compositeur pour lui. Et puis après, il y a eu la belle aventure 120 battements par minute, avec lequel on a rencontré le succès et grâce auquel j’ai eu un César. Mais il faut prendre les choses dans l'ordre : on peut être très bon compositeur, mais si on n’est pas dans le bon wagon, dans le bon train, vous n'aurez jamais ce genre de prix. Je considère que c'est un prix qui m'a été attribué parce que je suis le compositeur, mais qui revient aussi au film.

Quel conseil tu pourrais maintenant donner à un jeune artiste ?

C'est une grande question, ce que je pourrais conseiller pour conduire une carrière. Moi, à ma façon d'avoir fait un peu à ma manière, hyper libre et parfois n'importe comment il faut quand même bien le dire, je peux faire un album dans un style qui remporte du succès, mais je vais faire un album complètement différent derrière.

Je fais toujours les choses dans un esprit de liberté et en ayant une volonté artistique, c’est-à-dire que je ne me suis jamais compromis artistiquement. Je n’ai jamais pratiqué le cynisme. Je pense que la sincérité paye toujours, et le travail, évidemment. 

Encore plus d'infos sur Arnaud Rebotini ? Retrouvez ici trois albums essentiels qui l'ont influencé.

Tous les mois, Hubside Stories vous emmène à la rencontre de personnalités aux parcours exceptionnels qui ont choisi de vivre pleinement de leur passion. Stories vous présente des histoires fortes, des femmes et des hommes ambitieux qui vous livrent tous leurs secrets pour mener à bien votre projet.

Vous aussi vous êtes passionné ? Créez votre site avec Hubside et partagez votre histoire ! C’est simple, gratuit et clé-en-main.

Stories est une publication d'Hubside, outils numériques pour réussir vos projets et partager vos passions.

©2020 Hubside. Tous droits réservés

Mentions légales