Marylaure Mairesse, illustratrice amazone

HUBSIDERS

Un univers pop et coloré, un coup de crayon identifiable entre mille, Marylaure Mairesse est aussi à l’aise avec le dessin traditionnel qu’avec la peinture numérique. À 40 ans, elle décide de changer de vie pour vivre de sa passion : l’illustration.

Portraits

Lorsque nous avons repéré le portfolio en ligne de Marylaure, nous avons d’abord été frappés par son coup de crayon assuré et son sens de la couleur. Au fil des galeries, on découvrait sur son site des dessins et des illustrations de femmes au regard doux, des portraits tout en rondeur, des inspirations diverses allant de la BD au style ethnique… Et puis en creusant un peu, nous avons perçu l’histoire forte qu’elle raconte en filigrane derrière les dessins. Rencontre sur la côte vendéenne.

Jusqu’à présent, illustratrice ça n’était pas ton métier mais plutôt ta passion, tu peux nous raconter ton parcours ?

ILLUSTRATION - MARYLAURE MAIRESSE

Depuis toute petite, je faisais les concours de dessin à l’école primaire, toujours en mode « winneuse », j’ai toujours gribouillé ! Généralement je reproduisais les dessins que j’aimais, ça pouvait être des personnages de BD ou des héros de Comics. Au collège, et au lycée, j’avais une prof que j’adorais, elle était une vraie source d’inspiration, elle me donnait toujours de supers idées. On testait différents supports, la technique, des pastels, des collages… Elle nous aidait à nous développer artistiquement. Elle nous donnait aussi des cours d’Histoire de l’art, et ça c’était génial, vraiment j’adorais ça ! Découvrir les différentes époques, les différents courants, l’histoire d’artistes qui ont marqué leur temps...

  • PORTRAIT 1 - MARYLAURE MAIRESSE
  • PORTRAIT 2 - MARYLAURE MAIRESSE
  • PORTRAIT 3 -MARYLAURE MAIRESSE
  • CROQUIS 1 - MARYLAURE MAIRESSE
  • CROQUIS 2 - MARYLAURE MAIRESSE
  • CROQUIS 3 - MARYLAURE MAIRESSE

Ma mère est décédée d'un cancer quand j’ai eu 18 ans, l’année de ma terminale. Comme j’aimais vraiment le dessin, j’ai quand même décidé de rentrer à l’école Pivaut à Nantes, sans mon bac. J’ai donné mon dossier et j’ai été reçue ! 

J’ai fait une année préparatoire, c’était énormément de travail : parfois je terminais les cours, je travaillais chez moi, je dormais 3 ou 4 heures et je retournais en cours. Il y avait un tronc commun, je me souviens des cours de perspective, de nature morte … C’était super parce que dessiner une boite d’allumette, ou une allumette brûlée, on n’y pense pas forcément alors que ça nous apprend beaucoup de choses sur la technique. Il y avait aussi le fait d’être avec des gens comme moi passionnés, des professeurs tout autant, je me sentais vraiment à ma place.  Ils m’ont proposé de rentrer en première année, mais malheureusement je ne pouvais pas suivre côté finances.

Et puis tu as laissé un peu le dessin de côté ?

Oui, un peu. Je suis partie de l’école Pivaut. J’étais en couple depuis deux ou trois ans et j’ai eu un enfant… Un second est arrivé deux ans plus tard. Pendant plus de 10 ans, je me suis entièrement consacrée à ma famille, et puis je suis retournée travailler. Je n’avais pas de diplôme, et pas de permis de conduire donc je suis allée au plus simple : je suis restée près de chez moi et là où ça embauche, c’est-à-dire faire du ménage dans les campings.

CROQUIS PAPIER - JACQUES MOLLET / HUBSIDE

Là, les choses se sont encore un peu plus compliquées pour toi non ?

J’ai travaillé pendant cinq ans, et puis j’ai découvert que j’avais une boule dans le sein. J’ai tout de suite pensé au cancer parce qu’il y en avait déjà eu six dans la famille. Je suis allée faire tout un tas d’examens et j’ai été opérée dès la fin de l’année.

Après le cancer, je suis retournée travailler, mais je me suis cassé le doigt au travail. J’ai rencontré une kiné super sympa avec qui j’ai beaucoup discuté, et notamment de dessin…

Des amis m’ont dit vas-y, fais toi plaisir, reprends le dessin à fond (…) et là j’ai dessiné comme jamais. Je ne m’arrêtais pas.

Est-ce le moment du déclic ?

Je pense ! La kiné m’a conseillé de changer de vie parce que techniquement, je ne pouvais plus presser une éponge. J’avais commencé à reprendre un petit peu le dessin et j’ai repéré une offre pour une tablette qui me faisait rêver ! Des amis m’ont dit « mais vas-y, fais-toi plaisir, reprends le dessin à fond ! » Donc j’ai repris, j’ai acheté la tablette et là, j’ai dessiné comme jamais. Je ne m’arrêtais pas, c’était deux trois dessins par jour. J’ai commencé à montrer ce que je faisais, notamment à ma kiné et à mes amis. Ils m’ont dit « lance-toi »

Illustration 1 -  Jacques Mollet / Hubside
Illustration 1 - Jacques Mollet / Hubside

À partir de là, tu t’es lancée à plein temps ?

Oui, je me suis lancée après l’achat de ma tablette. Ça me changeait la vie : j’avais une vieille tablette et j’ai découvert une toute nouvelle technologie. Quand je prenais des cours, on avait pas tout le côté informatique, donc j’ai tout appris toute seule, sur ma vieille tablette, complètement en autodidacte en fouillant dans les fonctionnalités. Aujourd’hui, avec ma nouvelle tablette, tout est très simple. Ça m’a vraiment boostée, je me suis dit « tu t’éclates »… C’était génial !

Je me suis dit ensuite que ce serait chouette de partager mes dessins, donc je les ai mis sur les réseaux sociaux. J’ai fait un portfolio en ligne, j’ai pensé que ce serait un atout pour le montrer à des professionnels, et j’ai aussi créé un site Internet avec un shop en ligne.

Tu peux nous parler de ce que tu dessines, des illustrations qu’on peut voir sur ton site ?

Je dessine majoritairement des femmes, notamment des femmes qui ont subi une mastectomie. J’ai eu un cancer à 36 ans, et ma maman aussi, je me suis dit que ce serait sympa de rebondir là-dessus en donnant à mes dessins un côté positif, avec des dessins mignons et un bon fond.

Quelles sont tes inspirations ?

Il y a pas mal d’artistes qui m’inspirent. Par exemple, tous les matins, je vais sur Artstation et je regarde un peu ce qui se fait. J’aime le style de Möön qui est nantais, notamment pour les détails, les bijoux, les fleurs et la finesse du trait. Depuis de nombreuses années, je suis aussi Audrey Kawasaki. J’aime le fait qu’elle découpe des parties de son personnage, pour juste les suggérer. J’admire beaucoup sa technique, les détails qu’elle fait apparaître sur les visages.

  • DESSIN SUR TABLETTE GRAPHIQUE - JACQUES MOLLET / HUBSIDE
  • OUTILS ILLUSTRATIONS - JACQUES MOLLET / HUBSIDE

Une journée type de création dans la vie de Marylaure, ça donne quoi ?

En règle générale, je commence toujours par gribouiller sur du papier, juste une feuille et un crayon. Je dessine pendant deux ou trois heures, une dizaine de croquis, et puis à la fin, je n’en garde qu’un seul. Une fois que j’ai sélectionné ce croquis, je vais le scanner puis je le travaille sur ma tablette, je fais le line en premier (ndlr : les contours), puis la colorisation et éventuellement, le print plus tard. Ma partie préférée, c’est le line, le tracé au tout début, avant la colorisation, c’est de la précision et c’est un peu un moment de détente pour moi.

EXPOSITION MARYLAURE MAIRESSE - JACQUES MOLLET / HUBSIDE

Est-ce qu’il y a un message derrière tes dessins ?

Comme je le disais, je pense qu’il y aurait un message positif à faire passer à toutes les femmes atteintes d’un cancer du sein. Il faut qu’elles soient des guerrières, et c’est vrai que parfois dans la vie, il peut se passer quelque chose d’affreux, mais que finalement on peut rebondir et faire de ce qui nous arrive quelque chose de positif. À partir du moment où une femme perd un sein, on appelle ça une Amazone, et les Amazones sont des femmes guerrières, des combattantes face au cancer.

CROQUIS 4 - MARYLAURE MAIRESSE

Et toi, comment vois-tu ce projet ? Quels sont tes plans pour le futur ?

J’aimerais aider toutes les autres femmes, notamment par l’image. Le dessin, c’est du positif, il faut que les femmes qui ont vécu ça en sortent plus fortes. Pour ma part j’aimerais éventuellement dans le futur me rapprocher de la ligue contre le cancer, et faire de l’illustration pour eux, ou d’une autre manière, peut-être participer en faisant un euro de don par vente ou quelque chose comme ça. Pour l’instant, je vais participer à une exposition, je vais découvrir et voir ce que pensent les gens de mes dessins. Cela va me permettre d’avoir une nouvelle visibilité avec l’avis de visiteurs qui ne me connaissent pas. C’est un peu de stress, mais je suis contente de montrer un peu ce que je fais.

Que recommanderais-tu à des gens qui se posent la question de se lancer à plein temps dans l’illustration ?

Je leur dirais « allez-y direct ! ». J’ai attendu un petit peu tard, maintenant je me lance à 40 ans, si c’est votre passion, on n’a qu’une seule vie, il faut vivre de sa passion !

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