Sébastien Garcia, cycliste en ascension

Prenez de la détermination, de la volonté et de l’énergie. À tout cela, ajoutez de la passion… vous obtiendrez Sébastien Garcia. Après une longue maladie, le sportif handisport a fait du cyclisme son exutoire, une façon pour lui de toujours avancer malgré les épreuves.

Portraits

Un matin d’hiver, le ciel est gris, il pleut, et puis il faut le dire il est vraiment très tôt mais Sébastien nous accueille avec le sourire. Le cycliste est un miraculé. Après la découverte d’une tumeur au cerveau c’est le déclic : le sport, et plus particulièrement le cyclisme handisport vont changer sa vie. Depuis il enchaîne les exploits sportifs et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Bonjour Sébastien, on va commencer avec une question simple… Est-ce que tu peux te présenter ?

Je m'appelle Sébastien je suis originaire d'Essonne, je suis comptable et cycliste handisport.

Qu’est-ce qui t’a amené au cyclisme handisport ?

Tout a commencé en 2011, les médecins ont découvert une tumeur cérébrale suite à une crise partielle d’épilepsie. J’ai subi une grosse opération de 14h, et par la suite, ça a été une grosse épreuve, mais je vous passe les détails. J’ai fait une récidive fin 2014, et après une seconde opération, ma vie a radicalement changé : j’ai décidé de commencer le cyclisme en 2015, avec l’idée de vouloir faire autre chose. Je me suis dit que le sport pouvait être une bonne thérapie. J’ai commencé par le VTT, même si ça a été difficile au début, je n’ai pas lâché l’affaire. Je m’entraînais trois, ou quatre fois par semaine. Petit à petit, mon corps s’est adapté, je me suis entraîné jusqu’en 2017. Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux, grâce au sport, grâce au cyclisme, donc c’était vraiment la chose qui m’a fait avancer.

SÉBASTIEN GARCIA ET THOMAS BOIVIN

Qu’est-ce qui a changé en 2017 ?

J’ai suivi l’idée de mon oncologue : lancer une cagnotte publique pour acquérir du matériel. À l’époque, c’était du matériel à assistance électrique. J’ai donc acheté un VTT à assistance électrique grâce auquel j’ai pu continuer mes entraînements et augmenter mes distances.

Suite à cette cagnotte, je me suis dit qu’il fallait que j’explique aux gens ce qui m’était arrivé, et ce que j’avais fait avec l’argent qu’ils m’avaient donné. J’ai d’abord créé une page sur Facebook. C’était une vitrine pour moi, qui montre mes entraînements, mes moments un peu plus difficiles, mes challenges… C’était en mai 2017 et ça a été l’élément déclencheur de VTT & Gravel Handisport, mon association.

SÉBASTIEN GARCIA - CHALLENGE DANS LE MASSIF CENTRAL

Le choix du vélo, ça a été une évidence pour toi ?

Le choix du vélo, ça n’a pas forcement été une évidence dès le départ. Entre 2011 et ma récidive de 2014 j’ai eu le temps de chercher un peu.

Je suis un ancien motard, je me suis dit un truc qui se rapproche un petit peu de la moto, c’est le vélo ! Ça a deux roues, ça ne va pas aussi vite, je me suis dit que j’allais essayer le vélo. Je n’étais pas un grand fan comme je le suis maintenant donc je me suis découvert une passion au fil du temps. Je me sentais bien sur le vélo, je faisais des tests, même si je ne pouvais pas savoir comment allait réagir mon corps. Petit à petit je suis tombé dans la marmite, je me suis accroché, et la suite est arrivée avec les challenges, et tous les projets.

SÉBASTIEN GARCIA - MATÉRIEL CYCLISME

Est-ce que tu as besoin d’utiliser du matériel spécifique ?

J’ai essayé des choses différentes. J’ai commencé par le VTT, mais je me suis vite aperçu que les secousses et les vibrations ça n’était pas très adapté à ma pathologie. Un jour, je suis tombé sur la tête et j’ai fait une crise d’épilepsie. Après ça, J’ai voulu essayer le vélo de route. En essayant, j’ai pris du plaisir, mais la position était compliquée avec le relevé de tête et les cervicales. Mon sponsor (Culture Vélo Dammarie) m’a fait essayer un gravel bike. Je ne savais pas du tout ce que c’était, mais en fait, c’est comme un vélo de route, avec une géométrie différente, qui convient aussi pour les chemins, un peu comme un cyclocross. Il y a un petit amortisseur dans la potence et ça me correspond très bien, donc depuis je ne roule qu’avec ça.

En quoi consistent tes challenges ? Comment tu as eu l’idée ?

En été 2017, j’ai eu l’idée (un peu folle peut-être) de créer un challenge : traverser le Massif Central, sur une semaine, avec une remorque de 30kg derrière le VTT. Au début, tout le monde me prenait un peu pour un fou avec la pathologie et les signes que j’avais. J’ai construit ce challenge, j’ai accentué mes entraînements, mais je suis repassé au musculaire : l’électrique était vraiment secondaire et je voulais faire ce challenge en musculaire pour qu’il ait vraiment de la valeur.

J’ai commencé à m’entraîner. Au début, tout le monde me disait « ouais, c’est bien, mais tu y vas tout seul, c’est compliqué si jamais il t’arrive quelque chose » mais je me suis dit « si j’attends quelqu’un pour réaliser mes objectifs, ça va être trop compliqué, donc je continue comme ça ».

Un jour, un collègue de bureau est venu me voir en me disant qu’il voulait faire ce challenge avec moi. Sur le principe, ça me plaisait bien parce que je sentais vraiment une volonté et une envie de le faire. Au fur et à mesure, notre binôme s’est mis en place et on a donc réalisé notre GTMC, « grande traversée du Massif central ».

SÉBASTIEN GARCIA ET THOMAS BOIVIN - VTT & GRAVEL HANDISPORT

Est-ce que tu peux nous présenter Thomas, qui roule avec toi ?

Thomas Boivin c’est mon binôme, Il me suit dans mes aventures. Maintenant, on est indissociable ! Sur tous les projets et les challenges, il m'apporte beaucoup. Au début, il faut le dire, il n’était pas un très bon cycliste, mais maintenant avec sa volonté et sa bienveillance vis à vis de moi il s'est surpassé. C’est un moteur pour moi, c’est mon poisson pilote. Maintenant quand je suis dans les challenges si j'ai des difficultés, je peux compter sur lui.

Parfois, on a envie de lâcher, de poser le pied à terre. On se dit maintenant c’est bon, on fait demi-tour, ça descend, ça va glisser. Mais en fait, on est là pour une raison, on s’accroche.

SÉBASTIEN GARCIA DANS L'ESSONNE

Depuis, tu as monté et réalisé plusieurs challenges ?

Oui, parce qu’après le premier challenge, j’ai réalisé qu’il me manquait quelque chose. Je n’avais plus de but, plus de projet. C’est là qu’on a lancé la « transfrontalière », en mai 2019. On partait de la frontière allemande pendant une semaine, on dormait chez l’habitant. On est passés par la Forêt-Noire, le lac de Constance, l’Autriche, le Liechtenstein, la Suisse. Un périple de 520 km. L’aventure était vraiment magnifique ! Ça a été difficile, mais c’est dans l’adversité qu’on peut vraiment tester les limites.

Entre temps on a fait le Mont Ventoux. Je l’ai fait une première fois en solo avec d’autres personnes handisportives en octobre 2018 et puis avec Thomas en avril 2019. C’était une grande aventure.

Ensuite on s’est attaqué au Tourmalet, le col des Pyrénées en septembre 2019. Une superbe aventure, bourrée d’émotions pendant l’ascension et à l’arrivée au sommet. Je ne peux vraiment pas expliquer ces émotions, ce qu’on ressent c’est indescriptible. Parfois, on a envie de lâcher, de poser le pied à terre. On se dit maintenant c’est bon, on fait demi-tour, ça descend, ça va glisser. Mais en fait, on est là pour une raison, on s’accroche, on voit beaucoup de choses. Dans ces moments-là, il y a la famille, le combat qui nous revient en tête, et les larmes sont souvent au bord des yeux. La douleur est là, bien sûr, parce que j’ai une pathologie lourde donc il faut prendre en compte tous ces paramètres et gérer au mieux.

Finalement, ces challenges m’ont permis de faire fait beaucoup de rencontres, c’est le gros morceau de mon association. C’est ce qui m’intéresse, le côté sport est évidemment très important, mais l’humain est primordial pour moi.

CHALLENGES - SÉBASTIEN GARCIA

Je sais pourquoi je monte sur un vélo : parce que j’ai des buts, j’avance, j’ai une vision du futur, des projets à plus ou moins long terme. Je fais du vélo pour vivre, tout simplement.

Quel est l’impact du sport sur ta santé ?

Les effets positifs, pour moi c’est simple, c’est un exutoire. Quand je suis sur le vélo, je ne pense pas à la maladie, aux douleurs, même si c’est paradoxal parce que sur le vélo je vais avoir mal, mais on est dans le dépassement de soi. Et j’ai besoin de ça, c’est un dépassement bénéfique. J’avance et je sais pourquoi je fais mes entraînements, je sais pourquoi je monte sur un vélo : parce que j’ai des buts, j’ai une vision du futur, des projets à plus ou moins long terme. Je fais du vélo pour vivre, tout simplement.

Même si un morceau de la tumeur est toujours là, malgré le fait que je sache que je suis peut-être encore en sursis, j’avance sans me brider, sans me dire que je ne vais pas pouvoir le faire. Des choses positives m’arrivent grâce au cyclisme, pourquoi s’en passer ?

En quoi le sport a changé la façon dont tu appréhendes la vie ?

Aujourd’hui, je ne suis plus le même. Je ne suis plus aussi impulsif, j’ai plus de temps pour ma famille puisque je travaille à mi-temps. J’ai aussi monté mon association sans que cela soit chronophage, parce que ma famille est très importante.

Professionnellement, il faut accepter le fait de stagner, parce que je suis à mi-temps et c’est une situation un peu particulière. Moi, j’ai trouvé mon équilibre, je pense que je suis sur la bonne voie, j’accepte le fait d’avancer différemment.

Avec tes performances sportives, quels sont tes objectifs ?

Mon objectif principal, c’est la régularité. Je ne peux pas faire les Jeux Olympiques demain, je suis très limité par mes capacités physiques et les signaux que mon corps envoie. Ce que je réalise aujourd’hui, je pense que c’est déjà beaucoup, et j’en suis très fier. Les médecins me confortent dans ce sens, c’est-à-dire prendre du plaisir dans ce que je fais. Je garde toujours ça dans un coin de ma tête.

Même si parfois je me dis que je vais aller repousser mes limites, je me mets dans le rouge et à ce moment, je me demande si je prends vraiment du plaisir. En fait non ! Je ne suis pas dans le plaisir, je suis dans la perf. Je suis un handisportif, avec une pathologie, je ne peux pas être dans la perf comme quelqu’un de valide qui a toutes ses facultés.

Il faut savoir où on se situe, dès l’instant que l’on rentre dans le cadre du plaisir finalement on s’aperçoit qu’on peut dépasser certaines perfs, parce qu’on est dans un autre état d’esprit. Donc j’avance, j’essaie d’être régulier, je m’entretiens. C’est pour ça que je suis obligé de rouler toute l’année, en extérieur et sur simulateur. Même l’hiver, même après le boulot, même quand il fait froid. Je n’ai pas forcément envie. Mais quand je suis dessus au bout de 5 minutes, je mets mon simulateur, la musique à fond et c’est parti !

SÉBASTIEN GARCIA - PRÉPARATION À L'ENTRAÎNEMENT

Le handisport ça représente quoi pour toi ?

Le handisport pour moi c’est des valeurs. Dès le départ je me suis considéré comme un handisportif de par ma pathologie. C'est vraiment une question très importante parce que je revendique souvent le côté handisport. Tous les handisportifs que j'ai rencontrés m'ont apporté quelque chose. On partage les mêmes valeurs. On n'a pas de tabou entre nous, nos pathologies importent peu.

C’est de la bienveillance, on est concurrents mais je pense qu’on peut s'entraider. On ne va pas abandonner l'autre au bord de la route, on ne va pas faire un coup fourré, on ne vient pas pour gagner. On préfère finir tous ensemble que d'arriver là-haut en ayant écrasé tout le monde.

Tu as donc choisi de t’impliquer à fond dans le handisport ?

J'ai créé mon association VTT & Gravel Handisport qui commence gentiment parce que c'est très difficile de faire entrer des handisportifs, il faut déjà qu’ils assument le handicap. Le but, c’est d'aider ces personnes-là. À moyen terme j'espère pouvoir avoir des adhérents et construire quelque chose de bien et puis pourquoi pas, faire des challenges à plusieurs.

Tu souhaites t’impliquer encore un peu plus ?

Si demain j’ai les ressources suffisantes, mon rêve ce serait de vivre de ma passion ! Si toutes les conditions sont réunies, je n'hésite même pas, je fonce et je m’oriente à 100% sur mon projet handisport. J’espère même avoir un bon partenariat avec la Fédération Française Handisport et véhiculer des valeurs et être ambassadeur à plus grande échelle.

SÉBASTIEN GARCIA

Quels sont tes projets maintenant ?

En mai 2020, on va faire la Via Rhona avec un tracé adapté, la remorque et les sacoches, toujours chez l’habitant, en tout cela fait 700 kilomètres. On est en plein dans la logistique : le tracé, le logement, et puis on va voir des gens qu’on connaît seulement derrière un écran. On prévoit aussi de faire la montée du col du Galibier et de l’Iseran, les deux plus hauts cols routiers alpins. Et puis on aussi est sur le projet des 24h du Mans en août 2020.

Après on aura « la scandinave », un périple entre la Norvège et la Suède, et là on a encore tout à faire !

SÉBASTIEN GARCIA - TATOUAGE CYCLISME

Tes exploits sportifs peuvent être une source d’inspiration pour certaines personnes, tu leur conseillerais quoi ?

Je pense qu'il faut vivre ses rêves à 100%. C'est le conseil que j'apporterais à tout le monde. On repousse toujours les choses au lendemain. Si on a des envies des projets, il ne faut pas attendre que l'horloge tourne.

Pour suivre les exploits de Sébastien, c'est par ici : vtt-gravel-handisport.hubside.fr

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